« From the Big Blue to the Olympic Dream » @ the Italian Olympic Committee in Roma

Jean-Marc Barr / Gregory Forstner

Jean-Marc Barr / Gregory Forstner

Jean-Marc Barr / Gregory Forstner

Jean-Marc Barr / Anna Arzhanova/ Gregory Forstner

Paris Match : « Aux sources du Grand Bleu » par Francine Kreiss

Paris Match website: http://www.parismatch.com/Vivre/Voyage/Jean-Marc-Barr-aux-sources-du-Grand-Bleu-1514165

Paris Match|

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Gregory Forstner et Jean-Marc Barr par Francine Kreiss

Gregory Forstner et Jean-Marc Barr par Francine Kreiss/Paris Match

Trente ans après la sortie du film, Jean-Marc Barr, symbole d’une génération, est revenu à Amorgos, l’île où tout a commencé. Il participait à un documentaire sur ces plongeurs de l’extrême pour qui il est l’incarnation ultime de leur rêve.

Au pied du monastère vertigineux, une femme s’effondre en larmes. « Mon mari. Mon mari disparu, vous étiez son idole ! Jacques, le petit Français… Oooh ! j’espère qu’il nous voit de là-haut. » Jean-Marc Barr passe le bras autour de ses épaules en lui souriant. Il ne fait pas semblant. Il lui parle doucement et l’apaise.
Le réalisateur Jérôme Espla sourit derrière sa caméra, attendant qu’on lui rende son acteur. Depuis trois jours déjà, ses plans séquences de tournage cohabitent avec l’effusion autour du « petit Français ». Car Jean-Marc Barr est de retour à Amorgos. Cette île grecque où furent tournées les scènes fortes du « Grand bleu », le film culte de Luc Besson. Entre les prises, Jean-Marc se promène avec sa compagne, Stella, et leur fils, Jude. Sa mère, Madeleine, est là aussi et confie devant la chapelle immortalisée dans le film : « C’est amusant que Jean-Marc soit devenu acteur. Il voulait être prêtre. Il aurait été excellent ! Il aime tant les gens. »

Mon fils est déjà un nomade. Il voyage depuis qu’il est dans son berceau

L’artiste n’a pas emmené son fils dans les Cyclades pour lui parler cinéma, célébrité et paillettes. Non, l’héritage à transmettre, c’est le vent, la mer, les poissons grillés et les chocolats glacés. « Jude est déjà un nomade. Il voyage depuis qu’il est dans son berceau et les enfants absorbent plein de choses : les odeurs, les musiques, les lumières. » Epicurien piqué d’une saine curiosité, lorsqu’il va dans un pays, Jean-Marc découvre un peuple, son histoire et ses saveurs. Et grave ses souvenirs sur la pellicule de son Leica usé par le temps : « Ça fait vingt-cinq ans qu’il me suit. Je ne m’en sépare jamais ! »

Au détour d’une ruelle blanche, une jeune fille s’approche de Jean-Marc. Elle s’appelle Antigone et le regarde comme un dieu grec. Il mange en famille, entouré des siens. Elle veut un selfie. Lui parler, aussi… Il se lève et l’invite à sa table. Dès lors, Antigone le suivra partout, comme un spectre. La patience de cet homme dépasse largement les moins 100 mètres du fond des abysses. Derrière un clin d’œil bienveillant, il confie : « Le monde est un asile dont je suis parfois l’un des infirmiers. Il faut être bienveillant. »

7 h 30 du matin. Jean-Marc s’installe dans une solitude matinale comme le font les vieux pêcheurs grecs. Un café à la main. Assis sur une chaise bleue contre le mur blanc du bar Le grand bleu. Il répète, concentré, les kilomètres de texte de sa prochaine pièce de théâtre. Le cinéma, le théâtre, c’est son travail. Pas son vernis. Alors il travaille sans relâche. Son répit ne dure pas une heure. Un homme vêtu d’un tee-shirt sérigraphié de l’affiche du « Grand bleu » passe une fois, puis deux, devant lui. A la troisième il s’arrête devant la table de « Mayol ». Il n’a pas besoin de parler, son tee-shirt le fait pour lui. Dans un sourire, Jean-Marc se lève remplir d’images un nouveau téléphone portable.

16 heures. Sous le surplomb lointain de la chapelle du film, la silhouette de Jean-Marc Barr s’enfonce en apnée à la rencontre de la caméra du réalisateur Jérôme Espla. Nous devons onduler dans les profondeurs d’Amorgos pour l’une des séquences. Sa fluidité aquatique est évidente. Dans sa combinaison bleue, derrière son masque, son visage offre un flash-back troublant. Trait pour trait, c’est précisément la même expression mutine que dans le long-métrage de Besson. Comme si, sous les eaux d’Amorgos, le temps s’était arrêté en 1988, figeant l’enfant prodige de cette île. Son île désormais.

Jean-Marc Barr

Jean-Marc Barr © Francine Kreiss/Paris Match

Paris Match. Qu’avez-vous ressenti en revenant à Amorgos, sur les traces du personnage qui a fait de vous une star mondiale ?
Jean-Marc Barr. Ça m’a fait plaisir de retrouver cette île et d’y emmener mon petit. J’avais envie qu’il découvre cette lumière et ce vent si particuliers d’ici. Santorin a été sacrifiée au tourisme mais Amorgos n’a pas beaucoup changé. J’y ai retrouvé son visage d’il y a trente ans.

Vous êtes restés copains avec les autres acteurs du film ?
On s’échange des SMS avec Jean Reno. Il habite à New York alors, parfois, on se croise, tous les deux ou trois ans. Avec Rosanna [Arquette], on s’envoie des e-mails régulièrement et on se voit à Los Angeles. Avec les autres, non. Mais “Le grand bleu”, c’était il y a trente ans. On a tous nos carrières, nos vies changent. Les gens l’oublient parfois, et nous figent un peu dans le mythe…

Et Luc Besson ?
Luc est un fort personnage, et je l’admire. Mais parfois, dans la sphère de l’esthétique et dans l’humour, on ne se comprend pas. Je l’aime beaucoup, Luc, je l’admire même vraiment, mais il sacrifie à la juvénilité dans son cinéma. Et c’est dommage. C’est son choix et c’est quelque chose qu’il aime. Après le succès du “Grand bleu”, les choses ont basculé dans une autre dimension : les grosses productions, énormément d’argent, les questions de pouvoir, et tous ces trucs-là. Or, j’ai toujours détesté le pouvoir. En tout cas, ça ne sera jamais une attache pour moi. Jamais.

Je veux que mon fils sache que je travaille dur pour rester un “clown”

Comment avez-vous parlé du “Grand bleu” à votre fils ?
Je ne vais pas insister sur le sujet. La réaction des gens à mon égard ici, à Amorgos, lui en apprend déjà pas mal… Je veux surtout qu’il sache que je travaille dur pour rester un “clown”. Je suis comédien, donc peut-être pas un modèle pour lui. J’essaie d’être le meilleur père possible, responsable, même si mon travail c’est d’être l’opposé !

Avec le recul, comment expliquez-vous le succès mondial du film ?
Il flottait encore dans l’air un parfum d’innocence. Dans sa facilité à manier le juvénile, Luc Besson a su ouvrir cette porte, avec le personnage de Jacques Mayol, le mystère de ses apnées flirtant avec la mort. Et aussi le plaisir du monde de la mer comme une échappatoire. “Le grand bleu”, c’est un mélange d’innocence et d’échappatoire. Et ça a très bien fonctionné parce que Luc est un plongeur, passionné. Il a su communiquer, de façon sincère, sur le monde de la mer qu’il connaît.

Continuez-vous à pratiquer l’apnée ?
Pour le film, je m’étais entraîné jusqu’à 35-40 mètres. Aujourd’hui, je me fais des petits plaisirs autour de 10-12 mètres, tranquille. C’est du pré-gériatrique ! Mais cet été j’ai eu un beau moment en Italie, au pied du Stromboli. Là-bas, la falaise plonge à plus de 1 000 mètres à la verticale. Je me suis mis à l’eau, et c’était comme si je volais. Je sentais cette sensation, étrange et brute, que je pouvais partir. Quand tu es apnéiste, tu es en contact avec la mort. Et c’est aussi un appel vers sa propre insignifiance. Etre dans ce rapport physique et mental, ça convoque le spirituel et ça calme l’esprit comme il faut.

Gregory Forstner (en bas à g.) revenait lui aussi à Amorgos pour la première fois  :

Gregory Forstner (en bas à g.) revenait lui aussi à Amorgos pour la première fois.

Gregory Forstner (Enzo enfant), Bruce Guerre-Berthelot (Jacques enfant), Luc Besson © DR

Paris Match. Qu’est ce que ça vous a fait de retrouver Jean-Marc Barr à Amorgos ?
Gregory Forstner. J’avais 11 ans sur le tournage et donc à l’époque, je ne représentais probablement que peu d’intérêt pour lui! C’est cela qui fut émouvant pour moi en revenant à Amorgos. Pouvoir enfin réellement échanger avec lui, notamment sur notre relation respective à notre métier : le milieu de l’art de mon côté, celui du cinéma du sien. Par rapport au souvenir que j’avais de lui, je ne l’ai pas trouvé changé. Toujours très accessible, sain et lucide.

Jean-Marc Barr et Gregory Forstner

Jean-Marc Barr et Gregory Forstner © Francine Kreiss/Paris Match

Pourquoi n’étiez vous pas revenu avant ?
Je n’en avais jamais formulé l’idée, ni le désir… J’imagine que j’avais besoin d’une véritable raison qui ne soit pas simplement nostalgique. Et d’un point de vue émotionnel, ce qui s’est passé à Amorgos, 31 ans après, a dépassé tout ce que j’aurais pu imaginer. J’étais tellement heureux d’être là, de rencontrer tout le monde, les athlètes, les fans, les habitants de l’île pour qui ce film eu tant d’importance…

Comment était Luc Besson avec vous sur le tournage ?
Il était très accessible, il savait me parler, trouver les mots. Il me mettait à l’aise et en confiance en se mettant à mon niveau. Je me rappelle de son rire. Il s’amusait vraiment, tout en étant efficace et pro. Il faut se rendre compte que Luc avait 28 ans sur le tournage. Il avait pourtant une grande maturité. Il réalisait un rêve, quelque chose de très personnel était en jeu. Son énergie était palpable et il a su la transmettre. Jamais je n’ai eu l’impression qu’il m’imposait quoi que se soit. Tout cela était un jeu d’enfant, et comme tous les jeux d’enfants, il n’y a rien de plus sérieux.

Quand le film est sorti, c’était presque comme si on m’avait volé quelque chose…

Pourquoi n’avez vous pas continué dans le cinéma ?
J’étais un gamin avec une personnalité déjà assez affirmée. Je n’étais pas facilement malléable. Peu après “Le Grand Bleu”, j’ai fait quelques castings dont un pour une pub de biscuits. Le script était tellement crétin, les phrases que je devais apprendre d’une nullité telle, que je suis sorti de la salle quand j’ai vu le clip. La vie est trop courte pour faire n’importe quoi.

Comment s’était passé le casting pour “Le Grand Bleu” ?
Ma mère avait vu une annonce dans un magazine. La production cherchait un plongeur adulte. Mon père étant plongeur professionnel, ma mère  a envoyé une photo de lui sortant de l’eau à Antibes. Sur cette photo, j’étais à côté de lui, bouteilles de plongée sur le dos. J’avais 9 ans. Quelques semaines plus tard, on a reçu un coup de fil de la production nous disant qu’ils n’étaient pas intéressés par le papa mais par contre qu’ils voulaient bien voir le petit… Le casting à Paris fut très rapide. Luc m’a demandé de marcher à droite, puis à gauche. Il m’a demandé si j’aimais l’école (“non… ”), si j’avais des amis (“peu…”), de faire face à la caméra, de la “regarder dans les yeux”…  Je n’ai vraiment fait aucun effort particulier, ni rien préparé… C’est tout de même amusant qu’il m’ait pris moi qui suis moitié autrichien pour jouer le rôle de Jean Reno/Enzo Maïorca, un petit enfant italien… Pourquoi Luc m’a-t-il choisi plutôt qu’un vrai Méditerranéen ? Il faudrait lui poser la question…

Au ping pong, quand je faisais un smatch, Jean Reno s’exclamait “Oh le con!”

Vous avez noué un lien avec le grand Enzo/Jean Reno ?
J’avais naturellement de l‘affection et de l’admiration pour Jean. Il était chaleureux avec moi. Je me rappelle jouer au ping pong avec lui et lorsque je faisais un smatch, il s’exclamait « Oh Le con ! ». Luc m’avait demandé de l’observer pour bien interpréter son personnage. J’étais donc très attentif à lui. J’avais intégré le fait que Enzo était une sorte d’adulte-gamin. Il fallait que je trouve la formule, c’est à dire que je fasse l’inverse : lui jouait le rôle d’un adulte dont la beauté naïve est celle d’un enfant. En tant qu’enfant, je devais avoir des attitudes d’adulte un peu caricaturales, comme s’il n’avait pas su grandir tout à fait.

Continuez-vous à faire de l’apnée?
Plonger a pour moi toujours été un acte intime. Je plonge depuis tout petit. L’ironie, c’est que parmi les acteurs du film,en dehors de Luc, j’étais probablement le seul à avoir déjà fait cette “rencontre” avec la mer. C’est difficile à expliquer mais quand le film est sorti, c’était presque comme si on m’avait volé quelque chose. Le rapport le plus intime que j’ai eu avec mon père s’est probablement passé sous l’eau. On n’en ressort pas indemne. Et il est très difficile de le partager. Ma relation à la mer a défini mon rapport au monde. Dans l’eau, je ne réfléchis pas. Je n’ai besoin de rien. Je suis réduis à l’état d’animal et tout fait sens. Tout est parfait.

Avez vous été surpris d’être reconnu par des fans à Amorgos?
Après la sortie du film, je voulais passer inaperçu. Pour la première fois, j’ai vécu l’émotion des gens à Amorgos.  L’un d’eux m’a confié : “Greg, tu ne te rends pas compte à quel point ton visage à l’écran est gravé dans la mémoire de tous les apnéistes du monde !” Beaucoup se sont identifiés à ces scènes du début en noir et blanc, parce que ce sont des gamins.

Après la sortie du “Grand Bleu”, comment avez vous géré le succès du film ?
C’était compliqué. Malgré mon rôle relativement bref, cela m’a dépassé. Comme j’ai eu quelques articles dans les journaux, certains gamins étaient jaloux de l’attention que j’avais eue. Et j’en étais gêné. Je ne savais pas comment réagir. Je me suis retrouvé dans des situations surréalistes, devant mon image et mon nom à l’écran, en compagnie d’amis, et moi, tentant de me faire minuscule de peur d’être démasqué ! À part la famille et des amis très proches, personne ne m’a reconnu. Et pas une seule fois avant ce séjour à Amorgos je ne me suis manifesté…

Francine Kreiss vient de publier « Le Squale » (éditions du Cherche Midi)

Toute reproduction interdite

New Publication – Litterature Mineure / Maison Dagoit

Maison Dagoit:http://www.maisondagoit.com

Gregory Forstner éditions available: http://www.maisondagoit.com/product/gregory-forstner

 

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Gregory Forstner/éditions Maison Dagoit/Littérature Mineure

Gregory Forstner/éditions Maison Dagoit/Littérature Mineure

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Rencontre avec les membres de l’ADIAF, Paris, 22 Mars 2018

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Article – artpress N°453, March 2018

 

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Article: « Gregory Forstner, le jeune Enzo du Grand Bleu » [interview exclusive]

Direct link to article:

http://www.franceapnee.com/actualites/gregory-forstner-le-jeune-enzo-du-grand-bleu-interview-exclusive/

France Apnée : Le web magazine 100% Apnée Saturday – Dec 09, 2017

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Gregory Forstner, le jeune Enzo du Grand Bleu [interview exclusive]

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Gregory Forstner… ce nom résonne sans doute moins que celui de Jean-Marc Barr ou de Jean Reno. Pourtant Gregory est resté dans la mémoire collective de tous les passionnés d’apnée et de cinéma. Il y a trente et un an, Gregory tournait à Amorgos en Grèce des scènes pour le Grand Bleu de Luc Besson. Celui qui n’avait alors que onze ans incarnait le fameux Enzo Molinari jeune. Au début du film, on se souvient tous de cette scène où Enzo défie Jacques pour aller chercher la pièce au fond de l’eau. C’est à ce moment là qu’il déclame sa célèbre réplique « Roberto Mio palmo »!

Pour France Apnée, Nicolas Proquin s’est longuement entretenu avec Gregory Forstner pour évoquer notamment ses souvenirs du tournage du film de Besson en 1986. Notre reporter a également abordé avec Gregory « l’après » Grand Bleu sorti en 1988. Enfin, à travers cet entretien nous verrons que Gregory ne s’est pas coupé du monde de l’apnée et que sa relation à l’eau est restée forte depuis toutes ces années.

***

Gregory, vous avez joué le rôle d’Enzo (jeune) quand vous aviez 11 ans. Est-ce que 30 ans après ce rôle vous colle encore à la peau ?

Le rôle ne me colle pas à la peau, mais naturellement j’ai développé une affection particulière pour « Enzo enfant » du film… Il est attachant, il est facile de s’identifier à lui, son côté bousculant et gourmand n’est qu’une parade couvrant sa sensibilité et son amitié pour le « petit Jacques ».

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Gregory Forstner par Patrick Camboulive (1986)

Quels souvenirs gardez-vous du tournage ?

Difficile de résumer en quelques lignes. J’avais conscience que je vivais une expérience hors du commun, et en même temps je n’y pensais pas. Je vivais l’instant présent. Je me souviens absolument de tout. Luc était très accessible, presque enfantin. Lui aussi jubilait d’être là, c’était son rêve de faire ce film. De façon très naturelle, pour le temps du tournage, je me suis identifié à mon rôle d’Enzo. Lorsqu’il y avait trop de vent, je louais une petite moto, un Dax avec lequel je parcourrais l’île, seul, sans casque et en short. J’évoque ces souvenirs dans un livre publié il y a 2 ans « L’odeur de la viande – portrait de l’artiste en jeune homme» (éditions Esperluète). J’étais dans la découverte d’un paysage qui me semblait vierge, sensible, immense et sans fin. Chaque virage était à couper le souffle. Je me souviens ressentir une liberté inouïe, une jouissance et une puissance nouvelle.

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Gregory Forstner et les acteurs du Grand Bleu par Patrick Camboulive (1986)

Jean Reno était très cool avec moi, on jouait au ping pong, il criait « oh le con » quand je faisais un smatch, tout cela était tout à fait normal. C’est ça qui était formidable. Je me souviens très bien de Jean Bouise, de sa gentillesse et de sa bienveillance, de la présence fraternelle de Marc Duret. Jean-Marc Barr semblait dans son rôle pendant et en dehors du tournage, très discret. J’étais très jeune et lui vivait l’une des plus grandes expériences de sa carrière. Il était très concentré.

Est-ce que le succès planétaire du film a changé la vie du jeune adolescent que vous étiez à l’époque ?

J’avais eu quelques articles dans les journaux et naturellement les enfants à cet âge peuvent être jaloux. Donc, je n’en parlais jamais, sauf à mes amis proches. Mais de façon général, j’étais plus gêné, j’avais presque honte. Je voulais exister par moi-même, et non pour un rôle dans un film. Lorsque je suis rentré à l’école après le tournage et après avoir loupé la rentrée de 3 semaines en septembre, mes cheveux était comme dans le film, courts, noirs, j’étais toujours Enzo ! Impossible de passer inaperçu… L’effet qu’a une telle visibilité est que vous avez l’impression d’avoir été vampirisé. C’est une sensation étrange d’être dépossédé d’une forme d’intimité. Pour moi, l’expérience du film était une expérience privée, et sans prévenir c’était devenu du domaine public.

Avant le tournage du Grand Bleu, connaissiez-vous le milieu de l’apnée ? Comment avez-vous été retenu pour incarner Enzo Molinari ?

On ne parlait pas de « monde de l’apnée » à l’époque, il n’y avait pas de réelle communauté à ma connaissance, c’est le film qui a apporté une visibilité comme jamais avant. Il y avait des initiés, la chasse sous marine bien sûr était pratiquée partout. Mais « le monde de l’apnée » tel qu’on l’entend aujourd’hui, avec la compétition qui va avec, a été popularisé grâce au film et par le biais du livre « Homo Delphinus » de Mayol qui évoque les performances successives d’Enzo et lui-même.

Mon père était plongeur professionnel, chef de barge offshore, il m’a initié à la plongée très tôt, si bien que bien avant le film la mer faisait déjà parti de ma vie et puis j’avais déjà fait de la compétition en natation. J’étais habité par les histoires de pêches et de rencontres sous l’eau racontées par mon père au retour de ses voyages. Dans mon imaginaire, c’était un monde rempli de mythes et de créatures fantastiques. Je me souviens plonger en Corse, d’un rocher sous l’eau qui montait d’une profondeur de 25 mètres, presque jusqu’à la surface – on se jetait comme si l’on était en chute libre, planant jusqu’à atteindre le fond. Tout autour se déroulait un paysage au ralenti, un bien être qui ne m’a jamais quitté. J’avais 9 ans, c’était 2 ans avant le film…

(2eme partie de la question) :

Ma mère avait vu une annonce dans un magazine, une production cherchait un adulte pour jouer l’un des rôles de plongeurs dans le film. Elle a envoyé (sans même nous en parler) une photo de mon père et moi, bouteilles sur le dos, sortant de l’eau à Antibes. Quelques mois plus tard, on reçoit un appel de la production pour une invitation à un casting à Paris. Pendant le casting, Luc me demande de marcher de droite à gauche, de regarder la caméra « dans les yeux », il me pose quelques questions, il veut savoir si j’ai des amis, si j’aime l’école… Je me souviens ne pas avoir été très loquace… Je n’ai fait aucun effort, mais je suis resté poli… Quelques semaines plus tard, on nous appelle pour nous dire que je suis pris pour le rôle.

Avez-vous gardé contact avec certains acteurs du film ?

J’ai été en contact avec Luc Besson jusqu’à mes 15 ans, lorsque j’ai passé une année dans une famille d’accueil à Key West, en Floride. Nous avions échangé une ou deux lettres, il avait prévu de faire des prises de vue pour son film « Atlantis » au large des Keys. Je crois que les scènes ont été tournées ailleurs, et je ne l’ai jamais revu. Très récemment, les circonstances ont fait que j’ai retrouvé Jean-Marc Barr et Marc Duret.

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Gregory Forstner (Enzo), Bruce Guerre-Berthelot (Jacques) et Luc Besson (photo: Patrick Camboulive – 1986)

Est-ce que vous avez poursuivi dans le cinéma après le film de Besson ?

J’ai fait quelques pubs à l’adolescence, dont une pour une chaine Italienne dont le générique se passait sous l’eau… J’étais nageur et faisais un peu de chasse sous marine (j’étais en « sport études » monopalme à Antibes) donc j’ai été sélectionné. Le tournage s’est fait dans une piscine à la Victorine à Nice. Mon rôle était de passer devant la caméra les yeux ouverts, sans masques et de sourire, faire le pitre… Suite à ça j’ai été aveugle toute la journée durant dû au chlore, c’était horrible. Je leur en veux toujours !

J’ai fait quelques autres tentatives, mais je n’étais pas très motivé car il fallait obéir à des règles que je trouvais absurdes. J’étais heureux simplement, sans ambitions particulières, je faisais beaucoup de sport (natation, athlétisme, etc) et je passais beaucoup de temps seul à dessiner. Le métier d’acteur me paraissait vain. Je n’étais pas assez mûr pour voir plus loin. Et puis j’étais trop préoccupé par la volonté d’exister par moi-même, j’ai été avalé par l’art.

Que faites-vous aujourd’hui ?

Je suis artiste. J’ai fait les beaux arts de Nice (La Villa Arson), j’ai étudié également en Autriche, à Paris et je vis à New York depuis 10 ans après avoir été lauréat pour une année de résidence et une bourse du ministère de la culture. Mon travail est représenté dans plusieurs musées en France et à l’étranger, des fondations et dans des galeries. La principale galerie étant en Allemagne, la galerie Zink. Une Monographie couvrant plus de quinze années de mon travail vient d’être publiée aux éditions Dilecta (Paris).

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Gregory Forstner dans son atelier new-yorkais, 2015

Jacques Mayol a été associé au tournage du Grand Bleu. L’aviez-vous rencontré ? Quel souvenir gardez-vous de cet homme ?

Luc besson lui doit beaucoup dans le réalisme des scènes en apnée. Mayol l’a aidé en prêtant son nom, mais également dans son approche de la mer d’un point de vue psychologique et philosophique. Dans « Dolphin Man », on y découvre, entre autres, des films d’époque montrant les apnées de Mayol ainsi que sa préparation… J’ai été frappé de voir que certains cadrage ont été repris à l’identique par Luc Besson tout en y ajoutant le magnétisme et la dramaturgie du cinéma.

J’ai rencontré Jacques Mayol deux fois. J’étais naturellement ému car sa réputation le devançait, mais je le sentais fuyant, peut-être n’était-il pas à sa place. Je ne savais rien de ce qu’il vivait, je pense qu’il avait une relation de fascination contradictoire avec le film. À la fois fier et heureux de montrer au plus grand nombre qui il était – il devenait une « star » – et de partager son monde. Mais en même temps peut-être qu’une partie de son intimité s’épuisait aussi. C’est compliqué. Ce qui est troublant et passionnant chez lui et c’est ce que j’aurais souhaité d’avantage découvrir dans le film « Dolphin Man », c’est l’ambivalence de son tempérament. C’était un homme en harmonie avec la nature, un visionnaire, un précurseur concerné par l’environnement. Il avait le sourire d’un enfant capable de s’abandonner totalement, désintéressé. Mais Jacques était aussi très terrien dans un sens narcissique, conscient de son magnétisme, charmeur, très bon orateur, pédagogue, en demande de public et de reconnaissance.

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Gregory Forstner et Jacques Mayol (archives personnelles / famille Forstner)

Il y a un an disparaissait le vrai Enzo… Avez-vous déjà eu l’occasion de le rencontrer ? Pensez-vous que « le » Enzo de Besson soit proche de la réalité ?

Malheureusement non, je ne l’ai jamais rencontré. Avec Christian Maldamé [ndlr : apnéiste français de haut niveau], on se disait que le côté dragueur et bon vivant d’Enzo dans le film ressemble beaucoup plus à Mayol. Et la discrétion de Mayol dans le film d’avantage à celle d’Enzo Mairoca !

L’apnée était une chose très sérieuse pour lui, il se préparait comme un grand athlète, la seule chose qui ressemble un peu au Enzo du film, c’est qu’il avait une stature, un physique et une présence importante. Le rôle d’Enzo dans le film ressemble en vérité davantage à Pipin… Maiorca fut choqué par son rôle à l’écran et a réussi à interdire le film en Italie. Il a dû le vivre comme une trahison, notamment vis-à-vis de Jacques Mayol qui aurait pu (dans l’esprit de Maiorca) a tout moment rectifier ou influencer – ne serait-ce que prévenir son ami que le portrait qui était fait de lui portait atteinte à son intégrité. Maiorca ne pouvait comprendre et anticiper le rôle du cinéma, du spectacle, il était loin de tout ça. Plonger ne pouvait être l’objet d’un sketch, d’une bande dessinée, d’une caricature. Hors l’ironie est que pour le public, si le Mayol du film est le « héros » puriste du Grand Bleu, toute la sympathie revient à la performance de Jean Réno qui campe un Enzo attachant et plein de couleur. Le binôme du « petit français » et du « grand Enzo » est une réussite.

Gregory, êtes-vous retourné sur les lieux du tournage du Grand Bleu à Amorgos en Grèce ?

En Septembre dernier, oui, pour la première fois depuis 30 ans… invité par Vivi Draka pour « The Authentic Big Blue » [ndlr : un compétition d’apnée en profondeur]. Ce fut incroyable, un véritable retour sur les lieux de l’innocence. Tous les matins, j’étais sur le bateau avec les athlètes pour assister au déroulement de la compétition. Quand on connaît les circonstances de la compétition, c’est une place rare qui me fut offerte car normalement il n’y a pas de public. J’ai vécu des moments inoubliables et les rencontres que j’ai faites, les athlètes, photographes, les organisateurs, les gens du village et de l’île m’ont sincèrement émues. Retrouver Jean-Marc Barr 30 ans après sur le même site fut comme une première rencontre, mais avec la familiarité d’une expérience partagée.

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Gregory Forstner et Jean-Marc Barr (photo : Petros Chytiris, 2017)

J’ai retrouvé à Amorgos les routes que j’avais emprunté à fond sur mon Dax à l’âge de 11 ans. J’ai nagé dans les mêmes eaux bleues en face du monastère… Le lieu de la compétition était situé à l’endroit exact ou j’étais il y a 30 ans, juste en face du rocher ou je suis assis en train de pécher et ou je crie « Jacques » lorsque je comprends que son père est en train de se noyer. Quelle émotion !

Après avoir assisté à cette compétition, que pensez-vous de l’apnée moderne ?

Adolescent j’étais abonné au magazine Apnéa, j’avais suivi un peu les aventures de Pipin et Pelizzari, donc j’étais un peu familier quand même. Mais le vivre en live, c’est autre chose ! J’ai trouvé cela très impressionnant. Ce qui m’a surtout frappé, c’est l’humilité des athlètes. Comme il est très difficile de gagner sa vie comme apnéiste, la plupart ont un métier, ont étudié une autre discipline, leur rapport et leur passion pour la plongée n’en est que renforcée car c’est le lieu du fantasme et du désir d’accomplissement personnel, un échappatoire aussi pour certain. Pour faire ce « sport » (c’est bien plus qu’un sport), il faut une disponibilité à la naïveté, à l’innocence. C’est ce qui transparait chez la plupart des athlètes que j’ai rencontrés et qui m’a le plus touché, et en cela je me reconnais. Il est très difficile dans nos sociétés compétitives, de profit et de calcul, de valoriser ou tout simplement de trouver un terrain pour l’expression de cette innocence…

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L’ Authentic Big Blue », la compétition d’apnée à Amorgos ( photo : Petros Chytiris, 2017)

Pratiquez-vous la plongée en apnée ? Qu’est-ce que vous aimez dans ce sport ?

J’en faisais adolescent. Enfant, j’ai failli me noyer 3 fois, 2 fois à moins de deux ans au Cameroun où je suis né (c’est ma mère qui m’a sauvé à chaque fois), et une fois à l’âge de 11 ans dans le Pacifique – cette fois-là, je m’en suis sorti seul (dans « L’Odeur de la viande », j’ai écrit un texte à ce sujet qui s’intitule « l’Effet d’une rencontre »…). Lorsque l’on vit une telle expérience, il se peut qu’il y ait quelque chose qui nous pousse à y retourner, à comprendre cette sensation contradictoire de perte et de bien être, d’abandon.

Lorsque je nage, il arrive un moment particulier ou je ne sais si c’est l’eau ou l’air que je respire. C’est une sensation de liberté et de plénitude incroyable. Je ne pense plus à rien, je n’ai d’autre ambition que de mettre un bras devant l’autre, sans aucun but sinon « d’avancer ».

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Gregory nageant au large d’Amorgos (photo : The Authentic Big Blue – 2017)

Après la sortie du film, j’ai été très surpris de voir des clubs d’apnée se former, et je ne savais quoi en penser, je ne pouvais me projeter dans un club, c’est idiot. Ma relation à la mer est liée à la relation avec mon père, et naturellement à ma mère, c’est très intime. Je ne pouvais concevoir de partager cela avec des « inconnus » et faire de l’apnée comme je faisais de l’athlétisme ou de la natation, cela représentait bien plus que ça. Le seul avec qui j’ai partagé cette passion est mon ami d’enfance. Inconsciemment nous reproduisions la relation Jacques/Enzo ! On se chronométrait dans la baignoire et on cherchait du fond du côté de l’Esterel/Mandelieu jusqu’à trouver 30 mètres. Mais on ne s’entrainait pas, on prenait une grande respiration et on allait le plus loin possible ! C’était enfantin et totalement inconscient…

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(photo : archives personnelles de Gregory Forstner, 2017 )

Certains apnéistes abordent l’apnée sous un angle artistique. On pense notamment au travail de Julie Gautier et Guillaume Néry en vidéo mais aussi au travail certains photographes. En tant qu’artiste, que pensez-vous du lien entre l’apnée et les arts visuels (photo / vidéo) ?

La photo et la vidéo sous marine témoignent d’une sensation. Le photographe ou le vidéaste reconduit l’expérience en le mettant en scène pour le plus grand nombre. Les images de Guillaume Néry et Julie Gautier sont époustouflantes. L’ambition de l’art n’est pas de restaurer et de témoigner d’une sensation ou de la beauté d’une situation, mais d’ouvrir un champ esthétique (et philosophique) de l’imaginaire, critique et/ou poétique sur le monde, et pouvant être simplement conceptuel c’est à dire sans nécessairement la formulation d’un quelconque objet visible. L’art est proche de la pensée comme œuvre à part entière, c’est la leçon de Léonard de Vinci qui dit, « l’art est chose mental ». Personnellement je fais essentiellement de la peinture, donc le spectateur a un objet devant lui mais un tableau ne rend pas compte d’une sensation ou d’une idée, il est la sensation, il est la pensée. Et bien plus encore. Il est en quelque sorte et dans le meilleur des cas un objet non identifié dont la seule caractéristique qui nous ait accessible est le terme « tableau ». Par contre je considère que certains apnéistes, ou surfers (de la même manière que certains danseurs sont des artistes pendant que d’autres illustrent un propos narratif ou un exploit technique), peuvent être considérés comme des « artistes » suivant l’approche qu’ils ont de leur discipline. Il s’agirait dans ce cas de l’acte lui-même de plonger ou de danser sur une vague. Certains surfer (dont l’origine a une part spirituelle) et apnéiste en ont conscience et leur objectif dépasse l’exploit lui-même. Jacques Mayol et Enzo Maiorca avaient je crois, c’est peut-être plus évident chez Mayol parce qu’on connaît ses écrits, tout à fait conscience de cette dimension. Ils ont ouvert quelque chose. L’ironie, c’est que Mayol était préoccupé par l’effet du Grand Bleu sur la manière d’aborder l’apnée de façon essentiellement compétitive…

André Laban, un ancien plongeur de la Calypso du commandant Cousteau, a peint des centaines de tableaux sous la mer. En tant qu’artiste peintre, est-ce que le monde du silence pourrait vous inspirer ?

Non, car ce serait de l’illustration. Lorsque je nage je ne pense jamais à l’art – je ne pense à rien – je suis la pensée en mouvement. Si je tente d’en faire la projection, je ne serai plus dans l’expérience d’être au monde (ce qui s’approche de l’art) mais bien dans l’illustration.

Le 27 novembre prochain sera diffusé à la télévision française le documentaire de J.Espla « Génération Grand Bleu » et dans lequel vous faites une apparition. Que pensez-vous de cette génération de passionnés ?

Je trouve ça très émouvant… Et pour être tout à fait honnête, je n’en avais pas conscience. Depuis mon adolescence, pour les raisons évoquées plus haut, je n’ai jamais parlé de ma participation dans ce film, ainsi je n’avais jamais fréquenté jusqu’à septembre dernier autant de personnes passionnés comme moi par la mer et dont le film fut une révélation. J’ai hâte de voir le film de Jerome.

 

Pour finir, avez-vous des projets liés au monde l’apnée ?

En Décembre, je profite d’un voyage à Munich chez mon galeriste Michael Zink pour me rendre ensuite à Dahab ou je vais retrouver entre autres, Miguel Lozano, Pascal Berger et Dimitris Koumoulos. Il y a également la deuxième édition de The Authentic Big Blue à préparer…

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Gregory Forstner à Amorgos par Patrick Camboulive

Si le travail artistique de Gregory Forstner vous intéresse, notez qu’en décembre, il participe à une exposition de groupe « Friends and Family » à la galerie Eva Hober à Paris. En 2018, son travail sera représenté dans les foires Art Brussels et Art Rotterdam avec la galerie Zink (Allemagne).

La monographie de Gregory Forstner (éditions DILECTA, 2017) ainsi que son ouvrage « L’odeur de la viande » (éditions Esperluète, 2015) sont disponibles en librairie.

Gregory Forstner by Zoe Fisher courtesy
(Gregory Forstner, photo:  Zoe Fisher, 2017 )
France Apnée, novembre 2018
© 2017 BY FRANCE APNÉE – LE WEB MAGAZINE 100% APNÉE

Launching @Albertine bookshop NYC @French consulate, November 18, 2017

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Press (from Greece)

Direct Link to article : http://sportstories.gr/item/1067-o-gregory-forstner-sto-sportstoriesgr-den-ithela-na-epistrepsw-stin-amorgo-mono-apo-nostalgia

 

1:Gregory Forstner 2:  3 4 5 6 7 8

 

@peoplegreece / Jean-Marc Barr, Gregory Forstner, Miguel Lozano, Natalia Zharkova, Homar Leuci – Sunday, October 2nd, 2017

@peoplegreece : Fregory Forstner

The Authentic Big Blue – 2017

It took me 31 years to go back to paradise… and to share it with Jean-Marc Barr, and some of the best free divers in the world, an honor. THANK YOU Vivi Draka, thank you everyone that made it happen…

(With free divers Dimitris Koumoulos, Christos Papadopoulos, Miguel Lozano…)

Photo courtesy : Petros Chytiris, Jerome Espla and Francine Kreiss.

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Gregory Forstner:Jean-Marc Barr-Photo Petros Chytiris

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Jean-Marc Barr:Gregory Forstner:photo jerome Espla Jean-Marc Barr, Gregory Forstner, Francine Kreiss, Jerome Espla    Lozano Miguel:Gregory Forstner

On Going Back to Amorgos for « The Authentic Big Blue »

(English and french translation following here after the original article in greek)

August 29, 2017

by Εύη Φιαμέγκου

Direct link to article:

http://tvxs.gr/news/politismos/o-gregory-forstner-toy-aperantoy-galazioy-epistrefei-stin-amorgo&dr=tvxsmrstvxs

 

Forstner/Article

08:06 | 29 Αυγ. 2017
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Εύη Φιαμέγκου

article G.Forstner

 

 

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Study for a Diver 5, 2009, huile sur lin,61X50 cm, courtesy galerie galerie Zink, photo Bill Orcutt

 

English translation

(Traduction en français après l’anglais)

 

« A DIVE IN THE PAST »

31 years ago a shy French boy is ready to dive to catch a coin in the port of Amorgos when a two years older tough Italian with myopic glasses, bass voice and bossy look dives in his place and with one breath he earns the coin, the challenge, the admiration, the winner, as said, takes it all.

The story of the film takes place in 1968 – a significiant year with important facts and overturns all around the world, May ’68 among them.

20 years after the tough boy returns with the deeper voice of Jean Reno, ready for another challenge : to compete for the world title in free diving against his old friend.

This is life and cinema history as the real two divers were -with some changes- the heros of The Big Blue.

Enzo Maiorca in life- Molinari as a child in the film of Luc Besson- was played at the age of 11 by Gregory Forstner.

 

The return to the innocence

Half Austrian half French, well known artist, who also writes and as an amateur dives, a citizen of the world who only feels at home by the sea, Gregory Forstner returns to the place and the years of innocence in Amorgos on the occasion of first international tournament of free diving which will take place 18-24 of September 2017 in Amorgos where was filmed the Big Blue.

It is said that water has memory. Gregory Forstner admits feeling happy only by the sea but not only to remember. A dive in the past. In the dephts of the sea, but even more in memory… With us he talks about life experience, projects and some ghosts.

 

By Evi Fiamengou

 

E.F: Flash back 30 years ago, you are 11, what are your memories ?

G.F: I was a kid, I couldn’t realize the luck I had, but nevertheless I enjoyed and remember everything of my trip and experience to Amorgos, also the Island of Ios, and of course my encounter with Luc Besson, Jacques Mayol, Jean Reno together with all the cast.

Luc Besson was very kind, he was 28 years old at the time, it’s amazing when you think of it, he knew what he wanted, had the courage of his emotions, of his esthetics. He made it very easy for me to do what I had to do, I felt very comfortable with him, he was playful, accessible and professional in the same time.

I wrote a bit about my experience in “L’Odeur de la Viande” published 2 years ago (“The Smell of Meat”). Amorgos was a very simple, raw (in a good way!) Island – so it felt – and outside the main tourism. I don’t remember real Hotel as such. Most of my time, we were waiting for the right weather to be able to shoot. That’s the first thing I learned as an actor: most of the time, you have to kill time! And killing time for me wasn’t a problem in such an environment. I rented a small motorbike, and I remember riding it all over the island, up and down, again and again, all day long, with complete freedom while being really unconscious too, no helmet on my head, in shorts, etc. The landscape was in front of me, under me, everywhere, I felt like riding the moon.

 

E.F: What took you so long to return to Amorgos?

G.F: I guess I needed a real purpose. I was born in Cameroon, and never went back yet either. For places that really counts, especially when it comes to childhood, I guess we need some extra reason to get back. It just had to make sense so that it is not just anecdotical. When reality catches up with the past, it has also to bring something new/different in order for us to relate to it with today otherwise we are left to compare it to our memory (which is always failing). It has to be in the frame of a new experience.

 

E.F: “It is better down there, it is a better place…”said the hero Jacques Mayol in the film, what place is down there in your eyes?

G.F: My father taught me to dive at a very young age. One of the most intimate connections that I’ve had with him occurred underwater, without words, with basic, succinct gestures, in a world that is not natural for human beings but that, if you adopt it, becomes a second skin, a singular, private universe, which you share with very few people. I’m not sure I feel better down there, but I do feel at peace, better connected somehow to the outside world.

Although I’m not a free diver as such, not in a competitive way, as a teenager I scuba dived and did some spearfishing, but I never trained for it, it never even occurred to me. Of course I was happy to go down as deep as I could, but I never changed my life or make everything possible to make it a goal. I still swim, especially in open water, I love long distance swimming, solitary. I cannot swim with a bunch of people or in a race, I need to be alone, or max with one person – although I never found anybody to share that experience.

 

E.F: The depth is the unknown, the loneliness, the quiet, fear…

Is fear an attractive feeling?

G.F: Anyone who is dealing with fear will tell you the same: it’s a necessary feeling to be good at whatever you’re doing. When I start a painting, I’m afraid I won’t do well, but in the same time, I’m very confident with my capacities to do well. I need to find the right balance between being cautions and bold. Fear just helps you to acknowledge both your limitations and the power of your body and mind. Free divers have to deal with these feelings.

 

E.F: How would you paint being in the deep blue?

G.F: Not sure! Although It’s what I do everyday, it’s very hard to put a sensation in image. It took me a long time to paint and draw landscapes as I never had any problem dealing with nature. I started painting figures because I guess I had to deal with myself and others in society, but alone in nature I always felt at peace and when I started to draw and paint I never felt the urge to represent it. Painting and art comes from the sensation of being alive but to be complete, the artist needs to produce things, it’s like a compensation, most of all it’s a necessity. Let’s say I think of what it feels like to be underwater, I will probably not paint a diver underwater, it just doesn’t make sense. The sensation might just come from a color, an open or closed door, it doesn’t really matter, you can paint death by painting the sun.

 

E.F: I read form a critic:

“Gregory Forstner paints like he writes, like he swims, like he loves,, like he lives : completely, without any compromise.” Is it correct? Because if so you must be very lucky..

G.F: Easy to write for a critic, not so easy to do! Luck has not much to do with it, at least regarding every day life, it’s mainly work, choices we make, etc. I try to live the life I chose. Of course I feel very lucky that I had a good starting point, food on the table and caring parents. We don’t all start with the same chances in life – in that aspect, yes I feel very lucky.

 

E.F: Do you know why you didn’t continue as an actor?

G.F : I did a few commercials for TV, went to a few castings, but when I was a kid and a teenager I wasn’t really fascinated by being an actor. I was happy swimming, diving and drawing. I didn’t feel the « need » to be an actor but I did feel the need to draw, paint, swim, run, etc. The desire came back some years after, but then I was too engaged as an artist, I was just too focused on painting. It’s all about necessity. I may be open to acting again, let’s see…

 

E.F: Your life is like a ballad on the planet, where do you feel home?

G.F: My mother was born in Algeria, raised in Casablanca. My father was born in Austria and built his life in London, Africa, and I was born in Cameroon, etc. We just “landed” in Nice and stayed there a while.

Before moving to the USA, in a naïve way, I felt a citizen of the world. After moving to New York, I did feel European. But to tell you the truth, it’s a bit a cliché, though it has some truth: after a while when you leave outside your so called “home country », you don’t belong really anywhere, anymore – but I do feel at home where ever I’m near the water.

 

E.F: You once said:

«I’m not particularly interested in Nazi legacy. Basically, it interests me like anyone else, not much more. For a German or Austrian grandson of today, there’s nothing exceptional to have a Nazi grandfather, uncle, and so on, in the family…I’m the third generation dealing with those issues. I never felt the so-called guilt like the generation of my father.»

No pride no guilt?

G.F: I wrote a text titled « Mon Héros” (“My Hero”/My Hero ») and it is about my Nazi Grand Father… I cannot sum it up here, you need to read it to understand the content and the irony and truth that’s in it. But I will tell you something that not everyone may like to read but I will try to explain a bit anyway, I hope it explains at least the title “Mon Héros”: I once asked one of my Austrian cousin who’s just a bit older then me if she knew a bit more about our grand father (I really don’t know much). She answered that she did make some research and found out that he was not such an important SS, Nazi, but just a regular Nazi, nothing special, just a regular officer of the “Totenkopf”. She told me that it gave her this strange feeling of disappointment, knowing he was not someone “special” or important in the SS. As a matter of fact, I felt like her, it’s a strange feeling, hard to explain. Somehow, the only relationship that a son or a grand son is looking for towards his parents, grand parents, is pride, maybe even more as a boy – I don’t know. The only possibility is pride and look for the hero within anything that is left there. And love has nothing to do with good or bad. As a kid, my grand mother always told me I looked even more like my grand father then my father. She used to say it and be proud of me when saying it by showing me the photos – I looked and thought he looked good, so I became proud too. At that time of course I had no idea of the war, what it meant to be on the good or bad side of life and death and society and politics. Basically I was proud of an abstraction.

 

E.F: Do you believe in blood bonds?

G.F: I believe that you do inherit genetics. But my grand father being a Nazi has nothing to do with genetics! It’s about context and education and what ever choices are left in front of you – not that these facts exclude any guilt or responsibility. To know the truth and work on it helps us to build ourselves, but it doesn’t make you a monster or a wonderful person because your ancestors were monsters or wonderful persons. The context is as much important, even more maybe then genetics, it’s just that life actually “happens” and you do what you think best with the frame that is given to you and the possibilities that you give yourself.

 

E.F: How do we deal with ghosts from the past?

G.F: Well, I cannot speak for others. If I take the example of my father who carries the same name as his father: he left Austria at a young age and reinvented himself in Africa. He never talked to me in german, I guess that’s a way of dealing with this specific issue with me: to not give his own mother tongue to his son – it speaks for itself, no need to be a psychiatrist.

 

E.F: Do you believe that art in general has a therapeutic importance?

G.F: To look at it this way may be a bit too literal. Of course, any kind of expression helps you deal with stuff, but only because you make something out of it, it doesn’t kill the ghosts, but you just live with them. They become part of you and you move on.

E.F: How would you describe the sensation of being down there to someone that has never lived that experience?

G.F:I feel very humble when I think of Enzo Maiorca and Jacques Mayol – whom I met at 11 years old, as well as the great sportsmen and women, competitive free divers out there and that I will meet in Amorgos. But to my own extent and possibilities, I do understand their sensation. A writer doesn’t have to live all the adventures of the characters in his novels to understand them, to love them. We all have different reasons to go « down deep ». It’s all in one’s head.

 

E.F: Your next project?

G.F: A monograph of my work covering 15 to 20 years of my work as an artist just came out. We already did the release in Paris and Nice last month. So New York is next, then Berlin. At the moment I’m preparing solo and group shows and Art Fairs with my galleries.

I also have a project to go back to Africa, but it’s very recent and I’m still figuring out how and when.

And I have this dream to buy a house by the sea, so I’m working on that too, that’s a life long project…

And I write when I don’t paint and I swim. I very much hope to swim and go spearfishing a little while being in Amorgos!

 

Gregory Forstner said (excerpts):

«My work, generally speaking, is about absurdity. I’m painting because I don’t understand what I’m doing on Earth. When I was a child I had an image of God laughing while looking at us from above. Long after that early sensation, I found in the laughter of Democritus the same feeling of absurdity regarding human activity. With my “Nazi Dogs”, people might get stuck to the war thing and not go further, but that’s the game, there are always different ways to look at things.»

 

About “The Ship of Fools”

« The Ship of Fools – Father and Son going fishing » is probably one of the most important painting I did, conceptually anyway. Originally « The ship of fools » is a book from the 15th century by Sebastian Brandt, an allegory illustrated by Dürer and then Bosch that shows a ship bound to the paradise of fools, floating on a sea of wine…

My painting explain itself on its own: My father and I offshore on that boat ready to sink at any moment, both of us wearing the German helmet. We have dog faces, he’s older and is in charge, he wears a watch, and I have a harpoon on my shoulder, lost in my own thoughts.

 

 “The Departure” and “The Waiting Room”:

“The Depatrure” and “Waiting Room” series are part also of a very important body of work: “The Departure” shows soldiers with dog heads/masks taking care or threatening another character, possibly a diver. It can be seen as the traditional Oedipus between father and son. It was also inspired by some engraving of the 15th century.

 

Monograph:

His last book is published by éditions DILECTA in Paris.

 

Biography:

Gregory Forstner is a visual artist born in 1975 in Douala, Cameroon from a French mother and an Austrian father.

Often with an offbeat vision and playing with contradictions within the same image, Gregory Forstner builds strong metaphors and allegories that have the power to polarize attention durably.

Since 2008, he works between the USA, Germany and France.

As a teenager Gregory Forstner discovers that his grandfather on his father’s side had been a nazi and a SS and his grandmother chief of a factory mobilized in the war effort. In L’odeur de la viande, Gregory Forstner writes : « The German helmet – this peculiar ornarment, further from its immidiate reference, has become in my work the hallmak’s heritage of men’s madness and his responsibility for legacy.

After studying fine arts, he traveled, won art prizes and distinctions, and has shown his work in galleries around the world. He has been living in NYC the last ten years and still travels between Europe and the US for his exhibitions. His work is collected by private collectors and museums across the world.

Gregory Forstner itv TVXS 29 août 2017

 

 

UNE PLONGÉE DANS LE PASSÉ

 

Il y a 31 ans (pour le film on est en 1968) un garçon timide de France s’apprête à plonger pour attraper une pièce dans le port d’Aegiali à Amorgos, lorsqu’un Italien de grande taille avec des lunettes de myope, une voix de basse et le regard autoritaire, plonge à sa place et dans un souffle gagne la pièce et l’admiration de tous. 20 ans plus tard (1988 sur le grand écran) le garçon revient avec la voix plus grave de Jean Reno et une nouvelle provocation pour décrocher le titre du champion mondial de plongée libre face à son ami d’enfance.

Les deux plongeurs réels sont devenus, avec quelques changements,  les deux héros du « Grand bleu » de Luc Besson , et le personnage d’Enzo Maiorca enfant, Molinari dans le film,  a été incarné par Gregory Forstner, alors âgé de 11 ans.

 

RETOUR VERS L’INNOCENCE

 

Moitié autrichien et français, artiste plasticien, il a également écrit un livre,  citoyen du monde qui considère la mer comme étant « sa maison », Forstner revient sur les lieux et les temps de l’innocence, à l’occasion du 1er tournoi international de plongée libre à Amorgos du 18 au 24 septembre, l’île ou il a tourné Le Grand Bleu.

On dit que l’eau a une mémoire. Gregory Forstner avoue ne se sentir bien que près de l’eau mais pas forcément pour se souvenir. Un plongeon dans le passé. Dans les profondeurs de l’eau, mais encore plus de la mémoire…. Il nous parle d’expériences de vie, de projets et de quelques fantômes.

 

E.F : Retournons 30 ans en arrière, vous avez 11 ans, de quoi vous souvenez vous ?

G.F : J’étais un enfant, je ne pouvais totalement comprendre ma chance, mais je me suis bien amusé et je me souviens tout de ce voyage et de cette expérience à Amorgos et Ios notamment de ma rencontre avec Luc Besson, Jean Reno, de toute l’équipe. Besson était très gentil, à 28 ans il savait ce qu’il voulait, il avait le courage de ses émotions. Il m’a facilité ce que je devais faire, je me suis senti très à l’aise avec lui, il était agréable, accessible et en même temps professionnel.

J’ai écrit sur cette expérience dans mon livre « L’odeur de la viande » publié il y a 2 ans. Je ma rappelle d’Amorgos comme d’une île très simple, brute (dans le bon sens du terme), loin du tourisme. Le plus souvent nous attendions le temps propice pour tourner. C’est la première chose que j’ai appris en tant qu’acteur : la plupart du temps il faut tuer le temps. Et tuer le temps n’était pas un problème dans ce contexte. J’avais loué un Dax et je me souviens de mes virées dans toute l’île, toute la journée en liberté absolue, totalement inconscient, sans casque et en short. Le paysage était devant moi, sous moi, partout, j’avais l’impression de me promener en vélo sur la lune.

 

E.F :Pourquoi avoir tant tardé à y revenir ?

G.F : J’imagine que j’avais besoin d’une véritable raison. Je suis né au Cameroun et n’y suis jamais retourné. Pour les lieux qui comptent vraiment, surtout ceux liés à l’enfance, je suppose qu’il faut une motivation supplémentaire pour y retourner. Il fallait que cela fasse sens, que cela ne soit pas simplement anecdotique. Quand la réalité rencontre le passé il faut que cela apporte quelque chose de nouveau, de différent, qui le lie au présent, sinon on est amené à comparer aux souvenirs, ce qui est forcément compromis. Le cadre d’une nouvelle expérience est indispensable pour que ce ne soit pas décevant.

 

E.F :Là bas, au fond, le monde est meilleur, disait Jacques Mayol dans le film. Comment est le fond à vos yeux ?

G.F :Mon père m’a appris à plonger très jeune. L’un des contacts des plus fort que j’ai eu avec lui, a eu lieu sous l’eau, sans paroles, avec des gestes simples et brefs, dans un monde qui n’est pas naturel pour l’être humain, mais qui, en s’adaptant devient une seconde peau, un environnement unique, privé, qu’on partage avec très peu de personnes. Adolescent je faisais de la plongée sous marine et de la chasse en apnée mais ça ne m’a jamais traversé l’esprit de faire des entrainements. Bien sûr j’étais heureux de descendre le plus profondément possible, mais je n’ai pas changé de vie, je n’ai jamais rien fait pour que cela devienne un but dans la vie. Je nage toujours, surtout en pleine mer, j’aime la nage longues distances, seul. Je ne peux plus nager avec d’autres ou en compétition, je veux être seul, tout au plus avec une seule autre personne – bien que je n’ai jamais trouvé quelqu’un avec qui partager cette passion.

 

E.F :Le fond c’est l’inconnu, la solitude, le calme, la peur…la peur, est-ce un sentiment séduisant ?

G.F : Quiconque se confronte à la peur vous dira la même chose : c’est un sentiment indispensable pour être bon dans tout ce qu’on fait. Lorsque je commence un tableau, j’ai peur qu’il ne soit pas bon, mais en même temps j’ai une grande confiance en mes capacités. Je dois trouver le juste équilibre entre la prudence et oser. La peur aide à connaître simultanément ses limites et la force de son corps et de son esprit. Les apnéistes doivent affronter ces sensations.

 

E.F :Comment peindriez vous le fond ?

G.F :Je ne suis pas sûr. C’est très difficile de mettre une émotion en image. Ça m’a pris du temps pour peindre et dessiner des paysages, car je n’ai jamais eu de problème à affronter la nature, la nature ne m’interroge pas de la même manière que la figure. J’ai commencé à peindre la figure car j’imagine que je devais faire face moi-même et aux autres en société, mais seul dans la nature je me suis toujours senti bien, en paix, et donc lorsque j’ai commencé à peindre je n’ai pas éprouvé le besoin de la représenter. Si je pense à ce qu’est la sensation d’être sous l’eau, il est probable que je ne vais pas peindre un plongeur, ça n’a pas de sens. La sensation peut provenir d’une couleur, d’une porte ouverte ou fermée,  vraiment ça n’a pas d’importance, on peut peindre la mort en peignant le soleil.

 

E.F :Je lis à propos de vous « …Il peint comme il écrit, comme il nage, comme il aime, comme il vit, sans concessions… ». Si c’est le cas, vous avez de la chance…

G.F :Plus facile à écrire qu’à faire. Ça n’a pas grand chose à voir avec la chance, c’est surtout du travail, les choix qu’on fait, etc. J’essaie de vivre la vie que j’ai choisi. Bien sûr je me sens chanceux d’avoir eu un bon départ dans la vie, avoir à manger à table et des parents attentifs. Nous ne débutons pas tous avec les mêmes atouts dans la vie, de ce point de vue je me sens très chanceux.

 

E.F :Savez-vous pourquoi vous n’avez continué le métier d’acteur, le cinéma ?

G.F :J’ai fais quelques publicités pour la télé, des castings, mais enfant et adolescent je n’étais pas spécialement séduit par l’idée de devenir acteur. J’étais heureux de nager, plonger et peindre. Le désir est venu plus tard mais j’étais alors déjà très concentré, absorbé par l’art. Tout est question de nécessité. J’y reviendrais si la situation se présente, on verra…

 

E.F :Votre vie est comme une promenade sur la planète. Où vous sentez vous chez vous ?

G.F :Ma mère est née en Algérie, a grandi à Casablanca. Mon père est né en Autriche, a vécu à Londres, en Afrique, moi je suis né au Cameroun, nous nous sommes retrouvés à Nice où nous sommes restés un temps. Avant de m’installer aux USA, d’une manière naïve je me sentais citoyen du monde. Quand j’ai déménagé à New York, je me suis senti européen. C’est un peu cliché mais il y a du vrai : quand tu quittes ton pays d’origine assez longtemps, tu n’appartiens plus vraiment à nulle part. Mais je me sens « chez moi » n’importe où tant que je suis près de l’eau…

E.F :Vous avez fait cet aveu par le passé « l’héritage nazi ne m’intéresse pas spécialement. Il m’intéresse comme n’importe quel autre, pas plus… Pour un petit-fils allemand ou autrichien de mon époque cela n’a rien de particulier d’avoir un grand père ou oncle nazi dans la famille. Je suis la troisième génération à être confrontée à ces sujets. Je n’ai jamais ressenti cette culpabilité de la génération de mon père. »

 

Ni fierté, ni culpabilité, c’est à dire de la distanciation ?

G.F :J’ai écris un texte intitulé « Mon héros » à propos de mon grand-père nazi. Il faut le lire pour en comprendre l’ironie et la vérité. Mais je vais vous dire quelque chose que tout le monde ne voudrait pas lire, mais je vais essayer de vous l’expliquer, j’espère en tout cas que ça explique le titre. Un jour j’ai demandé à une cousine autrichienne un peu plus agé si elle savait quelque chose de plus sur notre grand-père (je ne sais pas grand chose), elle m’a répondu qu’elle avait en effet fait des recherches et découvert qu’il n’était pas un nazi des SS si important, rien de remarquable, il aurait été un simple officier SS des « Totenkopf ». Elle m’a dit avoir ressenti (et cela sans culpabilité) quelque déception à apprendre qu’il n’était pas quelqu’un d’important dans les SS. La vérité est que j’ai ressenti la même chose. C’est un sentiment étrange, difficile à expliquer. D’une certaine façon le seul sentiment qu’un enfant ou petit-fils recherche chez parents ou grands parents est la fierté, encore peut-être plus pour les garçons, je ne sais pas. L’amour n’a rien avoir avec le Bien et le Mal. On peut aimer un monstre, c’est comme ça. Quand j’étais petit, ma grand-mère me disait que je ressemblais davantage à mon grand-père qu’à mon père. Elle était fière de moi en me montrant les photos de mon grand-père-je pensais qu’ il avait de l’allure, alors j’étais fier. A cette époque, je n’avais aucune idée de la guerre, de ce que ça veut dire d’être du bon ou du mauvais côté de la vie, de la mort, de la société, de la politique. En vérité j’étais fier d’une abstraction.

 

E.F :Croyez vous aux liens du sang ?

G.F :Je crois que nous héritons de gènes. Mais le fait que mon grand-père soit nazi, n’a rien à voir avec les gènes. Cela dépend du contexte général de l’éducation et des choix qui se présentent, et naturellement cela n’exclue ni la culpabilité ni la responsabilité. Connaître la vérité et la travailler aide à se comprendre soi-même mais ne fait pas de toi un monstre ou une personne formidable parce que tes ancêtres étaient ceci ou cela. Le contexte est peut-être encore plus significatif que les gènes. La vie se présente et on essaie de faire au mieux avec ce cadre qui est donné et les possibilités qui en découlent.

 

E.F :Comment fait-on face aux fantômes du passé ?

G.F :Je ne peux pas parler pour les autres. Si je prends l’exemple de mon père qui porte le même nom que mon grand père, il a abandonné l’Autriche à un jeune âge pour se réinventer en Afrique. Il ne m’a jamais parlé en allemand, je suppose que c’est un moyen de faire face à ce sujet avec moi : ne pas donner sa langue maternelle à son propre fils est assez explicite, pas besoin d’être psy pour comprendre.

 

E.F :On dit que l’Art a une fonction de thérapie, vous êtes d’accord ?

G.F :Je pense que c’est un peu littéral et naïf. Bien sûr, chaque type d’expression nous aide à faire face à des préoccupations, mais simplement parce qu’on en fait quelque chose ne tue pas les fantômes. Ils deviennent une partie de soi et on avance.

 

E.F : Comment décririez vous la sensation d’être au fond à quelqu’un qui n’en a pas fait l’expérience ?

G.F :Je ne suis pas un véritable plongeur, je suis très humble en pensant à Enzo Maiorca et Jacques Mayol que j’ai connu à 11 ans, comme à tous les autres grands athlètes apnéistes que je vais rencontrer à Amorgos. Mais à ma mesure et mes capacités je comprends la sensation. Un écrivain n’a pas besoin de vivre toutes les aventures des personnages de ses livres pour les comprendre et les aimer. Chacun de nous a une raison différente pour aller en bas, au fond. Tout se passe dans la tête.

 

E.F :Quels sont vos prochains projets ?

G.F :En Octobre prochain, je présenterai à New York ma nouvelle monographie qui couvre 15-20 ans de travail. Nous avons déjà fait la présentation à Paris et à Nice le mois dernier, suit New York puis Berlin. En ce moment je prépare une exposition personnelle et des foires. Je projette aussi de retourner en Afrique mais je ne sais pas encore quand ni comment. Quand je ne peins pas j’écris et bien sûr je nage. J’espère nager et faire de la pêche sous-marine à Amorgos. Et je rêve d’acheter une maison au bord de mer/ au bord de l’Océan – j’y travaille, cela prendra du temps, c’est le projet d’une vie !

 

Gregory Forstner a dit (extraits de citations):

« Mon travail, en général, concerne l’absurde. Je peins car je ne comprends pas ce que je fais sur Terre. Enfant j’avais l’image d’un Dieu riant en nous regardant d’en haut. Des années après j’ai retrouvé dans le rire de Démocrite la même relation à l’absurdité. A propos de mon travail avec « les chiens casqués », il est possible que les gens s’arrêtent sur le sujet de la guerre, l’Allemagne, etc sans chercher plus loin, mais c’est le jeu, il existe toujours différentes façons d’aborder l’expérience.

 

Au sujet de :

«The Ship of Fools – Father and Son going fishing»

« La Nef des Fous est un livre du 15e siècle de Sebastian Brandt, une allégorie illustrée par Dürer puis par Bosch qui montre un bateau naviguant vers le paradis des fous, flottant sur une mer de vin.

Mon tableau s’explique de lui-même : mon père et moi sommes au large, le bateau est prêt à sombrer d’une minute à l’autre, nous portons tous les deux des casques allemands. Nous avons des visages de chiens, lui est plus vieux et garde le contrôle, il porte une montre, moi j’ai un harpon sur l’épaule et je suis perdu dans mes pensées. »

«The Departure» – The waiting room»

« La série montre des soldats à tête de chiens occupés ou menaçant quelqu’un, probablement un plongeur. On peut le voir comme le traditionnel Œdipe entre père et fils. C’était également inspiré de gravures du 15 e siècle. »

 

Μonographie

Son dernier livre est publié par les éditions Dilecta

 

Biographie

 

Né à Douala, Cameroun, en 1975, de mère française et de père autrichien. Choisi par Luc Besson à l’âge de 11 ans pour jouer le rôle de Enzo Molinari dans « Le Grand bleu », incarné à l’âge adulte par Jean Reno.

A l’adolescence il découvre que son grand-père était un nazi dans les SS, un sujet qu’il a traité dans son livre « L’odeur de la viande » publié en 2015. « le casque allemand – cet ornement singulier, au-delà de sa référence la plus immédiate, deviendra dans mon travail le signe distinctif de la responsabilité d’une transmission d’un héritage résultant de la folie des hommes. »

Après des études en peinture et arts appliqués, des voyages, prix et distinctions, expositions personnelles et collectives, ces dix dernières années il vit et travaille à New York et partage son temps entre l’Amérique, la France et l’Allemagne. Ses œuvres apparaissent dans les musées et galeries un peu partout dans le monde.

(Français traduit par Lydia Kamitsis)

 

May 23, 2017

Article in « Amorgos news »:

direct link: http://www.amorgos-news.gr/ο-gregory-forstner-το-παιδί-που-είχε-υποδυθεί-τον-νεα/

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