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Article in « Les Grands Ducs » by Aymeric Mantoux

« Monstrueux et réjouissant », Gregory Forstner, la peinture à l’état brut

 

Incarnation de l’avant-garde artistique française, le peintre est radical dans son approche. A la fois monstrueuses et réjouissantes, ses immenses toiles symbolisent le retour en grâce de la peinture figurative. Rencontre, à l’occasion de l’ouverture de son exposition à la Fondation Fernet-Branca, à Saint-Louis.

Propos recueillis par Aymeric Mantouxforstner2

Ce n’est pas tous les jours qu’on découvre un artiste dont on se dit qu’il a « tout d’un grand ». D’abord la taille, lorsque ce grand échalas déplie ses quasi deux mètres, puis la technique, le savoir-faire, enfin le génie du faire savoir, mais tout en retenue.

On est tout de suite frappé, en pénétrant dans son atelier de Montpellier -un ancien cabaret où Nina Simone a chanté dans les années 1960- par la taille de ses toiles, gigantesques, ses couleurs très vives et l’énergie, le physique même, qu’il faut pour réaliser seul de pareilles œuvres.

Dans la solitude de l’atelier, quelques confidences sur son enfance, ses obsessions, sa quête de perfection, achèvent de nous convaincre. Gregroy Forstner n’est pas n’importe qui. Il est très doué, travaille beaucoup et ne fait aucune concession. Pas de doute, c’est un écorché vif, une âme en quête, mais en même temps un artiste radieux. Aucune malédiction, aucune fausse bohème, il y a chez lui une authenticité, une sincérité, sous le pinceau comme dans le discours, rares et puissantes. C’est ce qui touche, par-delà les motifs et les sujets. Et il prouve, par cette première grande exposition institutionnelle depuis dix ans, que son travail et son avenir suivent une courbe asymptotique.

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Comment êtes vous devenu un « peintre moderne » ?

Je suis né à Douala, au Cameroun, d’une mère Française et d’un père Autrichien. J’ai étudié à la villa Arson à Nice, pendant 5 ans. La peinture y était très présente, mais elle racontait une histoire de la peinture très différente de la mienne. Le post-structuralisme et une certaine idée de la peinture dans la lignée du mouvement post-support/surface étaient dominants. C’était très loin de mes préoccupations, en, raison de mon expérience de la vie et de mon héritage culturel.

Comme l’a dit l’un de vos professeurs de philosophie, votre travail est à la fois « monstrueux et réjouissant« , cela a toujours été le cas ?

Quand j’ai commencé à dessiner, adolescent, ce n’était pas conscient. Aujourd’hui, après vingt ans de travail, je peux enfin l’expliquer. Je travaille une approche sensible du monde et de l’image par la peinture sur les bases d’un héritage familial et personnel particulièrement dense. -Mon grand-père paternel était Nazi et SS pendant qu’au même moment mon grand-père maternel était actif du côté de la résistance, ce qui m’a naturellement conditionné. Il y aussi ma relation à la contemplation, à la nage en pleine mer… Ce sont des éléments à priori contradictoires mais qui en vérité me permettent un équilibre et une forme de lucidité, de distance et d’humour.

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Pourquoi décrivez-vous votre environnement comme étant hostile ?

C’est plus une blague qu’autre chose, mais ce n’est pas tout à fait faux non plus. Cela a commencé très jeune, car j’ai quitté le lycée à l’âge de 16 ans, et j’ai dû mentir pour entrer dans une école d’art – il fallait le Bac que je n’avais pas. Personne ne vérifiait rien à l’époque, et finalement j’ai été accepté dans toutes les écoles pour lesquelles j’ai passé le concours.

Mais j’ai préféré partir suivre un autre rêve, un peu romantique je dois dire, à Vienne, en Autriche et je suis devenu modèle vivant pour les écoles des Beaux-Arts. Richard Gerstl (peintre expressionniste autrichien, ndlr), l’un de mes premiers héros, avait fait les Beaux-Arts à Vienne avant d’en être renvoyé. C’était mon rêve d’étudier là-bas. Mais cela n’a pas duré.

Je suis revenu en France et j’ai déposé un dossier à la Villa Arson avec toujours le même mensonge pour ainsi parvenir jusqu’aux entretiens et avoir la possibilité de me défendre face au jury. J’ai été pris et j’ai étudié 5 ans là-bas. Heureusement j’avais déjà un peu voyagé, et j’avais une personnalité qui me permettait de ne pas être trop influençable.

Pourquoi, l’apprentissage de ces écoles est très violent ?

La première chose qu’un étudiant m’a dit lorsque j’ai montré mon travail au concours, c’était :  « Tu ne seras jamais autorisé à faire ça ici« . Comment peut-on dire une chose pareille à un jeune artiste ? L’avant-gardisme ne peut pas s’apprendre. On peut enseigner les techniques, l’histoire, l’esprit critique, mais pas l’innovation dans l’art. Par définition une école ne peut enseigner qu’une forme d’académisme. Un grand nombre de mes camarades se sont empêchés de dessiner pendant plus de 20 ans. Maintenant c’est redevenu à la mode, alors ils reprennent leurs crayons et leurs pinceaux.

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Alors, finalement, la figuration paye plus que l’art conceptuel ?

Sur ce sujet, il existe un malentendu. La peinture est le médium conceptuel par excellence. Platon a été le premier à l’analyser il y a 3000 ans. Le fait de reproduire sur une surface plane la réalité est pour lui le plus haut degré de conceptualisation possible. La sculpture étant, bien entendu, plus évidente en raison de ses trois dimensions.

Comment définissez-vous votre travail, alors ?

Avant toute chose je suis un artiste. Parfois je dessine, parfois je peins ou grave, j’espère faire de la sculpture bientôt, j’écris également, mais tout ce que je fais est lié à ma perception, à ma relation sensible avec l’environnement. Vous savez, certains danseurs, nageurs ou surfeurs, sont très proches de cette sensibilité que j’amène en peinture – au plus proche de ce que c’est que « d’être vivant ». Parce qu’ils ont une manière d’occuper l’espace, en relation au monde, au cosmos, qui est très particulière. Il existe une certaine forme d’authenticité dans ce que je fais. Bien que la peinture soit un mensonge, je suis très honnête dans ce que je tente de véhiculer dans mon travail – en termes de sens. L’artiste « ne sert à rien, ni personne » mais il est indispensable à la société. Ceci dit, je ne suis pas naïf, j’ai peu d’illusions quant à la capacité des artistes à influencer le monde.

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Au premier abord, on peut être dérangé, désorienté par vos peintures.

Certaines personnes s’offusquent, mais d’autres rient. J’utilise un humour particulier, qui tente d’ouvrir une perspective, qui apporte une distance de façon à ne pas être littéral avec certains sujets qui seraient autrement simplement pathétiques. Une forme d’humour impossible parfois, certes. Je ne suis pas le premier à travailler cet humour. Art Spiegelman (illustrateur et auteur de bandes-dessinées, notamment Maus, ndlr) et Philip Guston (peintre de l’Ecole New-Yorkaise, de l’abstraction expressionniste, ndlr) pour n’en citer que deux, l’ont fait avant moi, à leur manière et à partir d’un autre contexte.

Dans mon enfance, mon grand-père paternel que je n’ai jamais connu avait dans mon imaginaire l’allure d’un héros. Ce n’est qu’à l’adolescence que j’ai compris qu’il avait été SS et Nazi. J’ai réalisé que ma relation aux images, à la propagande, à la réalité en général, avaient été construites sur des sables mouvants… Lorsque je suis devenu artiste, forcément, cela à influencé mon rapport au monde, aux images et à la réalité. La peinture m’est apparue comme le médium parfait pour aborder le monde, ses contradictions, car la morale n’y était pas attachée – il s’agissait de travailler une émotion, c’était comme composer un poème, une chanson…

D’où vous est venue votre inspiration animale ?

A une époque, j’aimais bien jouer au billard. Dans les clubs, je me souviens avoir souvent vu de vieilles affiches d’Arthur Sarnoff & Coolidge. Ce sont des affichistes qui ont créé ces images avec des chiens assis, fumant le cigare, ou jouant au billard. Je les ai toujours trouvées drôles. J’ai une autre fascination, pour l’art du XVIIe siècle, particulièrement les scènes de dîners ou de repas hollandaises. Sur certaines, on peut voir le chien manger son os, vous regarder, le chien jouant le rôle de conscience du spectateur dans le tableau. Et un jour, j’ai réalisé une toile de 50 x 60 cm représentant un berger allemand avec des yeux bleus. Dans ses yeux, j’ai découvert la mélancolie de mon père. Immédiatement, dans le frais, je lui ai posé sur la tête un casque allemand…

A.M.

Gregory Forstner, « Get in, get out, no fucking around ! »
A la Fondation Fernet-Branca,
2 Rue du Ballon,
68300 Saint-Louis (Alsace)

Du mercredi au dimanche inclus, 13 heures – 18 heures
Du 10 au 16 juin, ouverture de 9 heures à 19 heures pour Art Basel

T. 03 89 69 10 77

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